Meilleures lectures de 2019

Oui, je vous l’accorde, à la fin janvier 2020, il est peut être un peu tard pour vous parler de l’année 2019, désormais bien révolue. Mais puisque le nouvel an lunaire n’aura lieu que demain, je ne suis pas si en retard que ça, non ? 2019 a été un excellent cru livresque pour moi et je me devais de faire un petit bilan, histoire de me remettre dans le bain du blogging après cette longue coupure.

Comme en témoigne mon absence de ces derniers mois, mon rythme de lecture s’est un peu ralenti dans la 2e partie de l’année. Cela ne veut pas dire que mes lectures ne m’ont pas inspirée, mais qu’aucune ne méritait vraiment un article au complet. C’est pourquoi un récapitulatif me paraissait bienvenu pour évoquer mes bonnes surprises de 2019, sans forcément m’attarder longuement sur chacune d’elle.

Bien entendu, cette liste ne peut absolument pas inclure toutes les bonnes lectures de l’année. 2019 a été exceptionnel pour moi en terme de livres. Sur 50 livres lus, j’ai donné la note maximale à pas moins de 18 d’entre eux sur Goodreads !! La liste complète de mes livres 5 étoiles se trouvera en fin d’article. Je vous les recommande tous très vivement ! J’ai également omis les titres dont j’ai déjà parlé dans des articles complets, même si ils auraient tout à fait leur place ici.

Les plus surprenants : Truly Devious et sa suite, The Vanishing Stair de Maureen Johnson

Pas de publication française.

La trilogie Truly Devious ne comprend pour l’instant que 2 tomes, le 3e étant en cours de publication (à mon grand désespoir…). La prestigieuse Ellingham Academy est un vieil établissement pour jeunes talents sur lequel plane les fantômes d’un lourd passé. Une disparition, un meurtre, un corbeau amateur d’énigmes et de poésie…  Autant de mystères qui n’ont jamais été résolus. Stevie Bell, qui a été acceptée dans l’école pour sa curieuse passion pour le crime, tente de résoudre ce mystère alors que de nouveaux événements tragiques frappent à nouveau l’Académie.

Vous l’avez peut-être constaté en regardant mes listes de lecture, mais je ne suis pas une amatrice de romans policiers. Ce genre d’univers ne me parle pas vraiment, et même si j’ai pu apprécier quelques bons classiques, comme les romans d’Agatha Christie, il reste assez exceptionnel que j’en lise. Aussi, c’est un peu par hasard, au détour d’une chaîne booktube que j’apprécie, que je me suis intéressée à la trilogie Truly Devious de Maureen Johnson, sans en attendre grand chose. Le nom de l’autrice m’évoquait déjà certaines images, puisqu’elle est assez connue dans le domaine du Young adult (YA) pour le très populaire Treize petites enveloppes bleues que j’ai moi-même lu dans mon adolescence. Le mélange YA et roman policier n’est pas très commun, et c’est peut être pour cela que je me suis penchée sur ce livre en me disant que mes réticences pour le genre policier seraient contrebalancées par un aspect YA qui en ferait une lecture « légère » , au risque d’être oubliable… Quelle erreur.

Truly Devious contient non seulement une intrigue intéressante à suivre, mais aussi une fascinante galerie de personnages et une ambiance unique. En plaçant une héroïne atypique dans une école élitiste pour « élèves spéciaux », Maureen Johnson parvient à évoquer un mélange habile entre teen drama et manoir de nobles un peu glauque. Là où un héros de roman policier serait hanté par un sombre passé ou une addiction qui lui permettrait de noyer ses démons (oui cette vision du héros policier est extrêmement clichée, désolée pour mon ignorance…), Stevie Bell est quant à elle victime d’anxiété sociale et de crises de panique. Cela l’ancre selon moi dans une réalité très actuelle, la santé mentale étant désormais une préoccupation dont les jeunes parlent de plus en plus. Non seulement l’enquête est bien ficelée, mais elle ne prend pas toute la place, permettant au lecteur de se perdre dans les nombreux mystères de l’Ellingham Academy et de lui apprendre à mieux connaître tous ces délicieux personnages. Mon seul regret, c’est que certains d’entre eux soient trop uni-dimensionnels, notamment la meilleure amie de l’héroïne qui a tout d’une « Jane Doe », mais ce n’est qu’un détail compte tenu de la belle originalité que propose cette saga. Bravo également à l’autrice pour avoir inclus des personnages LGBT, dont un personnage non binaire. Même si il ne s’agit que d’un élément anecdotique du livre, il est important d’avoir ce genre de représentation. En conclusion, ces deux tomes m’ont captivée et j’attends la suite avec grande impatience.

Le plus efficace : The Lady’s Guide to Petticoats and Piracy de Mackenzi Lee

Pas de publication française. En revanche il est le livre compagnon de The Gentleman’s Guide to Vice and Virtue, qui lui, en a une : Les aventures d’un apprenti gentleman.

The Gentleman’s Guide to Vice and Virtue nous plongeait dans l’Angleterre du XIXe où le jeune gentleman Monty voyageait à travers l’Europe en compagnie de son meilleur ami Percy et sa soeur Felicity, un peu trop intelligente pour son propre bien. C’est de son histoire qu’il s’agit désormais dans The Lady’s Guide to Petticoats and Piracy, où notre héroïne, seule, cette fois, tente d’obtenir un apprentissage auprès d’un médecin qu’elle admire, espérant que s’ouvrent enfin pour elles les portes d’une école de médecine qui la refuse à cause de son genre. Seulement tout ne se passe pas comme prévu et notre lady se retrouve embarquée dans une aventure improbable qui implique des pirates et une « chasse au trésor » avec une ex-meilleure amie qui est son parfait opposé.

Bien qu’ils puissent être lus indépendamment l’un de l’autre, je vous conseillerais de commencer par The Gentleman’s Guide avant de vous plonger dans The Lady’s Guide, mais c’est tout à fait indicatif. Ce livre est tellement efficace qu’il se propulse directement au panthéon des classiques de la YA. Derrière son apparente simplicité se cache une grande intelligence, un travail de recherche poussé et une structure narrative “aux petits oignons”. Si l’écriture est typique de la littérature YA, le contexte historique permet à l’autrice d’explorer un univers original et un ton anachronique, léger et décalé. Mais ce que j’admire le plus dans le travail sur cette saga, c’est la mise au premier plan des minorités. En général, dans un livre historique, les femmes, les personnes racisées et LGBT, réduits à des stéréotypes, ou poussés à l’arrière-plan. Cet élément temporel sert bien souvent de prétexte, comme dans Game Of Thrones par exemple, où l’inspiration médiévale est l’ultime défense dès que l’on s’aventure à critiquer l’absence de personnes noires ou asiatiques, alors que la présence de dragons ne semble en revanche déranger personne. Cette question demanderait peut être un article entier, mais quoiqu’il en soit le parti-pris de Mackenzi Lee est un vrai bol de fraîcheur dans le paysage de la YA. En plus de présenter une héroïne féministe qui ose sortir de sa condition pour poursuivre son rêve, elle n’oublie pas également de lui attribuer des défauts, en particulier le mépris qu’elle peut avoir pour les autres femmes, qui elles, tentent de survivre en s’adaptant à leurs conditions. Ainsi, elle parvient à aborder des thématiques féministes très contemporaines sans que cela ne tranche trop avec le contexte historique adopté dans le livre. The Lady’s Guide to Petticoats and Piracy est donc, comme son prédécesseur, un véritable petit bijou du YA que je vous conseille à 1000 %.

Le plus déroutant : My Year of Rest and Relaxation d’Ottessa Moshfegh

Disponible en français sous le titre de Mon année de repos et de détente.

La narratrice de My Year of Rest and Relaxation a tout pour être heureuse. Elle est belle, jeune et riche, vit dans un magnifique appartement au coeur de New-York et travaille dans une galerie d’art huppée. Pourtant, elle se sent complètement en décalage avec le monde qui l’entoure. Elle met alors en place son plus grand projet : dormir pendant une année complète, avec le moins de périodes de conscience possibles, usant pour cela de tous les somnifères auxquels elle a accès.

Conseiller ce livre est compliqué pour moi, parce que ce n’est pas forcément une lecture très agréable. Il présente une héroïne absolument détestable, ne raconte rien de particulier si ce n’est le quotidien d’une personne qui s’enfonce dans sa dépression, et dresse en plus de ça une critique acerbe et cynique de la société qui peut faire grincer des dents. Et pourtant, ce livre est dominé par un humour inexplicable. Si la narratrice est absolument atroce dans cette manière qu’elle a d’haïr absolument tout de sa vie, alors qu’elle baigne dans le privilège, cela ne m’a pas empêcher de ressentir énormément d’empathie pour elle. Le livre dépeint la dépression comme une sorte de torpeur insurmontable, et explique à bien des niveaux comment est-ce que cette femme qui a tout peut préférer dormir à tout jamais plutôt que d’affronter sa vie. Elle est agaçante, mais elle représente aussi à l’extrême ce que des personnes souffrant de maladies mentales peuvent ressentir. Une détresse face à sa propre vie, un dégoût des autres qui cache en réalité un dégoût de soi-même, l’impression d’être prisonnier de ses choix, ou de ses non-choix, dont on ne parvient plus à s’extirper. Il est difficile de décrire cette ambiguïté entre la froideur très factuelle du récit et l’humanité qui s’en dégage. Je ne sais pas si je me re-plongerais dans ce livre de sitôt, mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne m’a pas laissée indifférente, et il reste l’une de mes meilleures lectures de l’année.

Le plus touchant : Long Live the Tribe of Fatherless Girls de T Kira Madden

Pas de publication française.

Long Live the Tribe of Fatherless Girls (Qu’on peut traduire littéralement par : Longue vie à la tribu des filles sans père) est un mémoire autobiographique écrit par T Kira Madden. Elle raconte à travers plusieurs histoires, chronologiques ou non, la difficulté de se faire une place dans le monde en tant que métisse racisée et queer, sans parents pour veiller sur soi dans le passage à l’âge adulte. Exposée très tôt à la violence et à l’objectification, T Kira Madden cherche du réconfort dans l’amitié éphémère de filles qui, comme elles, semblent avoir été délaissées par la surveillance bienveillante de leur famille.

J’ai découvert ce livre dans un épisode du podcast Family Secrets de Dani Shapiro, où l’autrice était l’invitée. J’ai été totalement captivée par cette femme si jeune qui semblait avoir vécu assez d’épreuves pour remplir 4 vies. Et pourtant, pour les familles les plus précaires, les tragédies, les addictions, la violence et les abus s’enchaînent dans une spirale infernale dont il est parfois très difficile de sortir. C’est dans ces conditions que T Kira a grandi, au milieu de la délinquance et dépassée par l’addiction de ses deux parents. Elle raconte de manière factuelle, depuis sa petite enfance jusqu’à l’âge adulte, différentes anecdotes, petites ou grandes, qui ont rythmé sa vie. Si son récit est parfois cru, ses expériences difficiles à lire, elle les raconte avec poésie, sans jamais tomber dans le glauque ou le pathos. Malgré une vie ponctuée de drames et des conditions difficiles, T Kira Madden parvient à évoquer le sentiment d’une jeunesse à laquelle chacun peut s’identifier. Elle y parle de la naissance de sa passion pour l’écriture, ses conflits quant au sentiment d’appartenance à une communauté (en tant que métisse) et l’impression de ne pas correspondre au modèle féminin vendu aux jeunes filles par les médias (en tant qu’asiatique), des éléments qui ont résonné avec ma propre expérience avec beaucoup de force. J’ai adoré aussi la façon dont elle décrit sa relation avec les membres de sa famille (ses parents, ses frères, sa cousine, son oncle…). Ce sont des passages qui prennent beaucoup de place dans le récit et qui sont à la fois imprégnés de la pureté de l’amour inconditionnel que peut ressentir une enfant pour ses proches, à la fois de son impuissance face aux démons intérieurs qui les hantent : la dépression, l’addiction, la délinquance…

T Kira Madden fait un portrait de sa vie avec honnêteté et bienveillance. Si le coeur est serré à la lecture, ses souvenirs sur papier étant baignés de mélancolie, il en ressort cependant une positivité et un amour pour autrui qui rend ce livre magnifique et émouvant.

Le plus épique : The Dragon Republic de R. F. Kuang

La série n’est pas encore publiée en France, ce qui ne cesse de m’étonner (il est déjà publié en Pologne, allez savoir…).

Après The Poppy War, 1er tome de la série, dans lequel Rin suivait sa formation à l’académie militaire de Sinegard alors qu’un conflit entre deux nations se profile, The Dragon Republic nous plonge directement dans une guerre civile qui secoue le pays, et chacun doit choisir son camp. Rin, hantée par le traumatisme des événements tragiques du 1er livre, ne doit plus seulement lutter pour maîtriser ses pouvoirs, mais désormais également, son addiction à l’opium. 

The Poppy War était déjà un de mes favoris de l’année précédente et j’avais été bluffée à bien des niveaux. La série fantasy de R. F. Kuang constitue pour moi ce qui se fait de mieux en termes de représentation asiatique dans le paysage littéraire actuel. Non seulement elle traite de sujets propres à la communauté, mais en plus, elle emprunte à la mythologie et à l’histoire d’une manière si organique que tout paraît couler de source. C’est la première fois que je parle de cette série de bouquins, qui est pourtant l’une de mes préférées, sur ce blog, et quand j’ai commencé à écrire je me suis d’abord retrouvée avec une critique d’une page complète, c’est dire à quel point je suis emballée par le sujet. J’aurais sans doute d’autres occasions de parler de ma fascination pour The Poppy War, mais puisqu’il faut se limiter à un résumé court, et qu’il s’agit surtout du 2e tome de la série dans cet article, je vais devoir me calmer un peu.

The Poppy War était déjà une sacrée montagne russe d’émotions. La première partie du livre nous introduisait à l’univers très riche, alternative fantastique de l’Asie féodale, et prenait son temps pour nous présenter des personnages auxquels on finissait par s’attacher, pour mieux les plonger dans le chaos en 2e partie de roman. L’histoire de The Dragon Republic suit les conséquences directes du chaos du 1er livre, et comment ces conséquences poursuivent nos personnages jusqu’au plus profond de leur psyché. J’ai trouvé pour ma part que ce tome possédait une profondeur que The Poppy War n’avait pas forcément, malgré sa grande qualité. En plus d’un plot extrêmement bien rythmé et des intrigues politiques passionnantes, R. F. Kuang procède à une mise en scène incisive qui aborde à la fois, entre autres, les difficultés du deuil face à la mort d’un proche, l’impuissance face aux traumatismes, la lutte contre ses propres addictions… L’aspect psychologique de ce tome est pour moi ce qui fait sa plus grande qualité. Néanmoins il y a beaucoup d’autres éléments à admirer dans le travail de R. F. Kuang. Elle traite de nombreux sujets très complexes, sans pour autant se perdre en accumulation. L’introduction des Hesperians par exemple, est un autre des gros points forts du livre, et les passages les concernant m’ont laissée bouche-bée. Hesperia est l’équivalent de l’Europe, et les Hesperians sont donc décrits comme les occidentaux qui ont, dans notre propre histoire, colonisé le continent asiatique en s’introduisant dans les conflits intercontinentaux. Si vous avez lu ma réflexion-critique sur Ma Terre Empoisonnée de Tran To Nga, vous savez que c’est un sujet qui me passionne particulièrement. Cette réécriture de l’histoire est d’une justesse et d’une inventivité à couper le souffle. En introduisant l’idée de la colonisation dans son histoire, l’autrice envoie un message politique fort, puisque ses personnages sont confrontés au racisme déjà théorisé de ces étrangers puissants, leur sentiment de supériorité intimement lié à leur religion monothéiste, autant de thèmes sérieux et complexes qu’elle traite cependant avec brio. Je ne peux pas en dire plus sans vous gâcher le plaisir d’une éventuelle lecture, ou sans m’étaler bien trop pour les besoins de cet article, mais je ne serais jamais à court d’éloges sur ce livre qui frôle pour moi la perfection. Je me devais de finir par celui-ci, puisqu’il fût définitivement une des mes meilleures lectures, pas seulement de l’année, mais de toute ma vie, sans vouloir être dramatique.

Je suis encore une fois très agréablement surprise de mon bilan de cette année. Mes lectures furent toutes meilleures les unes que les autres, et même si elles ne furent pas dénuées de déceptions, celles-ci furent très infimes et bien oubliables face à la quantité de bons livres qui m’ont accompagnée. Ma résolution cette année, c’est de lire davantage de livres en français, car ils ont été bien absents de mes listes en 2019. Je maintiens également mon objectif de lire 50 livres par an. Cela peut paraître peu pour certains, mais il s’agit réellement de mon maximum si je ne veux pas me sentir trop pressée et ainsi profiter pleinement de mes lectures. Quoiqu’il en soit, en 2020 comme en 2019, je ferais tout mon possible pour partager mes opinions et mes réflexions sur ce blog, aussi régulièrement que mon emploi du temps me le permet !

Et comme promis, voici le (très large) palmarès des livres que j’ai noté 5 étoiles en 2019 :

N’oubliez pas de me suivre sur Goodreads pour vous tenir au courant de mes lectures !

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